A l’orée de l’avènement du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) au pouvoir, le Coordinateur National du Front National pour la Défense de la Transition (FNDT) Keamou Bogola Haba, a accordé un entretien à notre rédaction cette semaine, au cours duquel il a dressé le bilan positif du CNRD ensuite, il a fait état des réformes engagées par autorités de la transition dans le cadre de la refondation de l’Etat.
Cauris Infos : Quel bilan faites-vous des 1 ans du CNRD au pouvoir depuis le 05 septembre 2021 ?

Keamou Bogola Haba : D’abord la première, c’est que le CNRD a pu rendre le changement intervenu le 05 septembre irréversible. C’est-à-dire dire que les forces de défense et de sécurité ont pu garder leur unité jusque maintenant un an pour donner à la Guinée la stabilité dont nous avons besoin. Ça, c’est le premier bilan. Beaucoup ne leur donnaient pas assez de temps, certains disaient qu’ils ne pourraient même pas faire un mois mais je crois que ça fait un an (1) et ils ont géré avec beaucoup de maîtrises cette période complexe. Rappelez-vous que ce n’est pas un coup d’Etat, le coup d’Etat a été déjà fait avant, le président Alpha Condé qui avait rompu l’ordre constitutionnel donc, l’intervention du 05 septembre 2021 était la première étape du processus de retour à l’ordre constitutionnel et je crois que ça se passe très bien.
Cauris Infos : Sur le plan socio-économique et si possible politique . Qu’est-ce que vous pouvez en dire ?
Keamou Bogola Haba : La question de la transition est une période exceptionnelle que nous avons tous demandée et donné un contenu avant le 05 septembre. Il y a eu beaucoup de luttes menées par rapport à cela. Que ça soit la rue, ça nous a pas permis d’obtenir évidemment l’alternance. C’est-à-dire que nous n’avons pas pu dissuader M. Alpha Condé et son entourage de renoncer au 3ème mandat, les urnes ne nous ont pas permis d’obtenir cela et la pression internationale ni de l’opinion ne les a pas dissuader. Donc il fallait que l’armée intervienne pour pouvoir mettre de l’ordre. Et dans ce cas, ont avait déjà défini un certain nombre de contenu en deux étapes. C’est-à-dire faire une refondation de notre pays et faire des réformes impopulaires qu’on ne peut pas faire en période normalement politique et passer aux élections. Nous sommes dans cette phase, c’est la partie refondation qui consiste à engager des réformes impopulaires qu’on ne pouvait pas faire et qu’un homme politique ordinaire ne peut pas le faire. Je crois que nous sommes déjà très avancés sur cette étape-là, vous avez tous suivi au niveau des forces de défense et de sécurité où des généraux ont été tous mis à la retraite, nous avons maintenant le grade le plus élevé disons c’est le grade de colonel et c’est ce que nous donnes encore plus de possibilités à faire des réformes au sein de l’armée et de faire des formations, que les gradés soient données prochainement en fonction du mérite au lieu que ça soit ce qui se passait au niveau de la fonction publique. Vous avez vu qu’il y a eu plus de douze mille (12000) emplois fictifs qui étaient retraités dans le fichier de la fonction publique, tout ça explique qu’il y a eu un travail qui a été fait à ce niveau-là dans le cadre de la refondation. Vous avez suivi la mise en place de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) qui nous a permis d’attaquer le sujet que personne ne voulais toucher, c’est-à-dire l’impunité, la corruption développé des hauts placés parce que c’est de ça il s’agit. La lutte qui est la plus difficile c’est celle-là. Comment des gens qui étaient hier intouchables, qui ne pouvaient même pas répondre à une convocation, peuvent avoir le courage de faire d’eux des sujets de droit. Et ça c’était quelque chose de difficile qu’on n’a pas réussi à faire depuis 1984 pratiquement. Ceci, on a recruté des jeunes juges qui ont été formés et nommés évidemment sur le leadership du CNRD qui sont en train de faire le travail. Vous avez-vous la question du rajeunissement de l’administration qui était un véritable problème. A la date d’aujourd’hui vous avez un président jeune, un premier ministre jeune, et un président du parlement jeune. C’est une première qui montre encore une fois de plus que la nouvelle génération est plus ou moins prête à prendre les choses en main. Maintenant il y a l’autre phase qui reste, c’est celle de la nouvelle constitution qu’il faut écrire qui est une étape aussi difficile parce que, nous avons passé trente-deux (32) ans de multipartisme intégral. Et cela a causé beaucoup de conséquences que pratiquement le 05 septembre s’est présenté comme un peu le déclin de ce système avec le dernier rescapé de cette école avec Alpha Condé. Donc cette constitution qu’il faut revoir évidemment, voir quelle est la nouvelle direction qu’il faut donner, quelle constitution il faut donner, est-ce qu’il faut aller avec le bipartisme ou le tripartisme, est-ce qu’il faut réduire le nombre de partis politiques. C’est les gros défis qui nous restent et le fichier électoral que nous n’avons pas les statistiques de nos populations en termes de recensement. Ça, c’est les gros défis auxquels nous nous attaquons avant d’aller à la dernière phase les élections. Maintenant pendant ce temps, il faut vous attendre évidemment qu’il y beaucoup de frustrés avec ces réformes impopulaires comme ça c’est passé d’ailleurs dans tous les pays qui ont eu cette opportunité de transition telle qu’en France avec le Général De Gaulle. Donc ces réformes-là crées des frustrés et ce sont ces frustrations qui font semblants d’avoir une crise. Si non, nous n’avons pratiquement pas de crise, ce sont donc des réactions pour chercher à ces réformes-là qui engendrent quelques frustrations au sein de certains acteurs politiques. Nous pensons que nous allons rapidement passer cette étape pour attaquer la dernière phase qui sera les élections et pour sortir définitivement de la transition et que ça sera durable.

Cauris Infos : d’aucuns estiment que la CRIEF a été mise en place pour disqualifier certains candidats aux échéances électorales. Votre réaction ?
Keamou Bogola Haba : je crois que ce n’est même pas la peine de le dire, parce que nous tous nous sommes conscients que c’est l’enrichissement illicite est devenu un problème. La pauvreté que nous connaissons aujourd’hui si vous constatez dans nos cités, vous avez pratiquement des universitaires qui sont tous devenus des taxis motos, l’emploi à été complètement détruit et le gros problème de la Guinée aujourd’hui c’est le chômage. Et ce chômage-là est dû à l’enrichissement illicite. Ce n’est pas parce que notre pays est naturellement pauvre, nous avons des ressources qu’il faut normalement pour jubiler cette question de chômage endémique qui touche pratiquement toutes les communautés, toutes les couches sociales. Mais finalement les ressources ont été détournées, ce sont des immeubles qui apparaissent à perte de vue. Simplement sans même faire face à la CRIEF, demandez juste aux uns et aux autres de dire, ou d’expliquer et de donner l’origine de leurs ressources. Les immeubles que vous voyez, les biens que vous voyez aussi bien qu’en Guinée et à l’étranger, les fonds qui se trouvent dans les comptes bancaires dont certaines informations ont été divulguées par la CRIEF. Ce sont des indices qui montrent qu’il a eu l’accaparement des ressources publiques de l’État. Et le fait également que dans notre pays ce sont des fonctionnaires qui sont riches alors que dans un système normal, ce sont des capitaines d’industrie, des entrepreneurs qui doivent être riches. Cela démontre une fois qu’il y a énormément de corruption des hommes les plus hauts placés. Donc cela, on ne peut pas faire passer à perte et au profit d’ un État si nous voulons avancer. Et c’est pour ça que nous n’avons pas besoin d’état d’âme. Maintenant, la vérité est que tous ceux qui sont dans cette situation, ce sont eux qui ont géré l’État et donc forcément quand ils quittent généralement leur position, ils utilisent la politique un peu comme leur parapluie. C’est-à-dire de là, on crée un parti politique finalement pour se garantir l’impunité. C’est pourquoi les gens ont l’impression que c’est une chasse aux sorcières mais, ça n’a rien de cela et c’est ce que nous devons faire. C’est pourquoi il faut les soutenir.
Cauris Infos: Votre mot de la fin.
Keamou Bogola Haba : Je dirai à tout cœur ouvert que le bilan est globalement positif, avec naturellement des actions à mener pour que nous puissions encore faire mieux pour les années à venir. Les militaires n’ont pas de partis politiques, ils n’ont pas de militants, ils n’iront pas aux élections, il est très donc important que le FNDT se positionne un peu comme les défenseurs de cette transition pendant cette période jusqu’à la fin parce que, vous ne pouvez pas gérer comme ça face à des partis politiques qui existent depuis plus de trente (30) ans qui sont coalisés contre les militaires comme il l’ont fait avec le CNDD et qu’il n’est pas une frange de la population bien organisée, bien structurée qui puisse équilibrer le débat. Et ce rôle-là, il faut qu’ils accordent de l’importance à cela, parce qu’évidemment disons que déjà, la lutte politique qui se mène sur le terrain, à cet effet , la transition demande une organisation bien structurée pour pouvoir soutenir les réformes engagées si non, ça serait comme le CNDD a pu subir la loi des partis politiques qui sont opposés aux réformes engagées. Et là, la refondation cette fois-ci il faut la réussir, ce n’est pas une option, l’échec n’est pas une option.
Propos recueillis par Bourgeois Kéïta

0 00 13 min 3 mois 189

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.